« Je suis un vilain petit canard »Pascal Obispo signe son meilleur album depuis plus de dix ans et règle ses comptes, sans amertume, avec un milieu musical qui, dit-il, ne lui a pas fait de cadeau. Confessions d'un écorché.
Il avance masqué. Pendant quelques mois, Pascal Obispo n'existe plus. Il s'est effacé pour laisser la place au Captain Samouraï Flower, personnage virtuel, superhéros écolo qui se préoccupe de l'avenir de nos enfants, à travers un album qui vient juste de sortir. Un double idéal pour son créateur qui se défoule, se libère, ose, sans se préoccuper du qu'en-dira-t-on.
Enfin presque. L'occasion de faire le point avec un artiste en grande forme. « Je n'ai jamais été aussi bien qu'aujourd'hui », nous confiera-t-il à l'issue d'une heure et demie d'entretien.
Alors, Obispo écolo ?
Pascal Obispo. Je pollue comme tout le monde. Mais bon, je vais reverser des fonds à la Fondation Nicolas Hulot. Je prépare des programmes courts pour la chaîne Gulli sur 50 sites naturels français à préserver. J'ai un 4 x 4 vert. Après, ce n'est pas une croisade écolo, parce que c'est impossible à tenir. C'est aussi pour cela que je l'ai imaginé derrière un personnage parfait, qui me donnait une liberté artistique plus importante. En lui cherchant une identité musicale, j'ai pensé à la fin des années 1960, la période hippie, en révolte, dans l'utopie. Avec ce double, j'ai fait plus facilement la musique que je voulais.
C'est plus difficile sous votre nom ?
Oui, parce que je suis devenu une marque pour beaucoup, un faiseur, qui brosse dans le sens du poil, qui signe des choses commerciales. Ce dénigrement me gêne vraiment parce que je suis avant tout un musicien, je passe ma vie en studio. C'est cela le but de ce disque, se recentrer sur la musique.
Pourquoi y a-t-il ce décalage entre vous et les professionnels ?
Je suis un vilain petit canard dans l'univers de la variété. Ma culture est profondément rock, je viens de Rennes, j'ai fait des groupes, j'ai travaillé avec Franck Darcel de Marquis de Sade, j'ai par exemple assuré la première partie de Killing Joke. Et, en arrivant à Paris, j'ai eu la possibilité d'écrire des chansons. Je l'ai fait pour Johnny, Natasha St-Pier, « les Dix Commandements », et je suis ravi. Mais j'avais voulu d'abord composer pour Vanessa Paradis, ça n'a pas abouti. Sinon, je serais sans doute resté davantage dans le rock.
Le public vous suit. Pourquoi avoir tant besoin de cette reconnaissance du milieu ?
Parce que je ne suis pas au-dessus de ça ! Je suis sensible, ça me fatigue d'être le Poulidor des Victoires de la musique ou de ne pas être à « Taratata » alors que Cali y vient pour la 38e fois. Mais je n'ai pas d'aigreur. En revanche, on ne peut pas me reprocher de me fabriquer une carapace. A partir de la tournée « Fan » en 2003, je me suis dit : « Je suis seul avec le public. » Depuis, je m'amuse, je me déguise, je suis masqué.
Ce personnage est-il aussi une façon de vous protéger après vos déboires avec la presse people lors de votre histoire avec Jenifer ?
Oui, il y a forcément une interaction. Mais je ne parle jamais de ma vie privée. Ce que je peux vous dire, c'est que c'est très difficile de lire des contre-vérités. J'ai attaqué et gagné systématiquement.
Vous n'étiez pas préparé à une telle exposition ?
Le scénario en général, c'est moi qui l'écris, qui décide d'être Vitoo à côté de Fatal Bazooka ou de me transformer en Polnareff. Je n'ai pas choisi d'être le soi-disant monstre odieux et manipulateur qu'on décrivait.
Regrettez-vous d'avoir perdu votre sang-froid en frappant un paparazzi ?
Non. Si ça recommence, ce sera pareil. Je n'ai aucune pitié pour ces gens qui prennent des risques inconsidérés, menacent la sécurité des enfants. Ce sont des chiens à la solde de hyènes. Les artistes font rêver. Et ces journaux veulent les détruire.
Sur scène, serez-vous aussi en Captain Samouraï Flower ?
Oui, il y aura des dessins animés avec le personnage, pendant tout le spectacle. Mais, en fait, j'assurerai la première partie en Obispo seul au piano. Puis démarrera le show du Captain avec les visuels et je reviendrai en Obispo pour les rappels.
Vous écrivez pour d'autres actuellement ?
Non, je ne le fais plus. En revanche, j'aimerais retravailler sur une comédie musicale. J'en ai composé une seule, il y a dix ans, c'était « les Dix Commandements ». J'avais adoré cela. Alors pourquoi pas avec le Captain Samouraï Flower...
" Le Parisien"